ccm
centre culturel de mouscron
ccm
25/26 – Cri d’alarme #6

CRI D’AL « ART »ME # 6

Conte de Noël pour services publics en sursis

Cette année, dans la grande maison Arizona, le sapin a un drôle d’air. Il penche. Sans doute parce qu’on lui a coupé quelques branches : l’école publique, la santé, la culture, les aides sociales…
Les guirlandes clignotent “réforme”, “modernisation”, “austérité” en lettres LED qui ne réchauffent personne. Au pied de l’arbre, plus de cadeaux, juste des formulaires à remplir et des files d’attente sans guichet, comme autant de veillées sans visage.

Dans le salon, certain·es nous chantent que tout cela est pour “sauver l’État Providence”. On connaît la chanson : cela fait des années qu’on prétend sauver la maison en démontant une à une chacune de ses poutres, jusqu’à faire trembler les murs mêmes où nos vies s’adossaient.

Et voilà que l’on nous présente comme inéluctable le recul de ce qui tissait nos existences : apprendre, se soigner, se déplacer, créer, débattre, imaginer ensemble.
Tout ce qui faisait tenir l’hiver un peu moins froid.

Pendant ce temps, une guerre culturelle s’invite au réveillon : on traite la culture comme un jouet cassé, un luxe inutile, une distraction incompatible avec les objectifs de performance. Il faudrait privatiser, dégraisser, “moderniser”, ce mot magique qui signifie toujours la même chose : moins de moyens, moins d’humains, plus de vide.

Pourtant, la culture est l’endroit même où l’on fabrique la démocratie, où l’on apprend à penser, à désobéir, à voir plus loin que sa propre fenêtre. Là où, face à la nuit, une petite lumière s’obstine.

Alors, pendant qu’on nous vend des miracles en promo, nous rappelons calmement que nous sommes aux côtés des grévistes du 15 décembre : parce que défendre les services publics, ce n’est pas “bloquer le pays”, c’est refuser qu’on mette aux enchères le seul patrimoine de celles et ceux qui n’ont déjà presque (plus) rien et qui, pourtant, tiennent encore la bougie.

Et si la flamme penche, ce n’est pas qu’elle s’éteint, c’est qu’elle cherche où s’abriter du vent. Une bougie vacille, oui, mais c’est dans cette hésitation que naît parfois la plus belle lumière : celle qui refuse de mourir et d’abdiquer.

Alors, même si la nuit avance, nous avancerons aussi, avec nos petites flammes fragiles, qui tremblent, qui doutent, mais qui persistent.

Parce qu’il suffit parfois d’une seule lueur pour rappeler au pays qu’il n’est pas encore tout à fait dans le noir.

Florence Cartelet-Avon

pour l’équipe du Centre Culturel

 

 

 

Illustration : © Culture Communs – Zazie Lavraie

actualités