CRI D’AL »ART »ME # 7
Tenir debout. Encore et toujours. Ensemble.
Il faudrait, paraît-il, se taire, s’adapter.
Ralentir nos exigences plutôt que les politiques qui écrasent.
Faire de la culture un supplément d’âme, un divertissement inoffensif, un décor aimable pendant que le monde se durcit.
Nous refusons cela.
Car ce que nous vivons n’est pas une impression diffuse : les reculs s’accumulent.
Recours fragilisés aux droits sociaux, asphyxie progressive du tissu associatif, affaiblissement organisé de l’éducation, de la culture, de la santé, du travail collectif.
Ce qui tenait encore est méthodiquement grignoté.
Ce qui protégeait devient conditionnel.
Ce qui émancipait est sommé de se rentabiliser.
Dans ce contexte, prétendre que la culture serait neutre est une violence.
La réduire à un produit ou à un loisir est une stratégie.
Car une culture qui ne dérange pas, qui ne questionne pas, qui ne donne pas de mots à celles et ceux qui n’en ont pas, est une culture domestiquée.
Nous affirmons l’inverse :
la culture est politique, parce qu’elle touche à la dignité, au regard que l’on porte sur soi et sur le monde, à la possibilité même de penser autrement et de comprendre l’Autre.
Mais cette affirmation nous oblige, malgré ce que peuvent prétendre nos détracteurs et les politiques.
Elle nous oblige à regarder nos pratiques en face.
À ne pas nous contenter de discours vertueux.
À refuser l’autosatisfaction confortable qui consisterait à croire que « proposer suffit ».
Nous savons que ce n’est pas vrai.
Un projet culturel n’est jamais automatiquement émancipateur.
Il peut l’être, profondément, mais à condition de créer les conditions de sa réception.
À condition de respecter les parcours, les fragilités, les résistances.
À condition de ne pas confondre transmission et injonction, rencontre et contrainte, médiation et domination symbolique.
Sinon, même la plus belle œuvre peut devenir une épreuve et même l’art peut faire violence.
C’est pourquoi nous défendons une culture exigeante et humble.
Une culture qui écoute autant qu’elle propose, qui doute autant qu’elle affirme, qui accepte de s’évaluer autrement que par des chiffres de fréquentation, qui préfère la qualité de l’expérience vécue à la simple addition de corps présents.
Nous refusons une culture qui servirait avant tout à se légitimer elle-même.
Nous défendons une culture qui se met au service des personnes, de toutes les personnes, dans le respect de leur dignité et de leur intelligence.
Et c’est ici que nous voulons dire merci.
Merci à celles et ceux qui continuent à venir.
À celles et ceux qui ne cèdent pas à la facilité.
À celles et ceux qui acceptent d’être déplacé·es, dérangé·es parfois, bousculé·es souvent.
À celles et ceux qui viennent par curiosité, par désir, par besoin de comprendre plutôt que de consommer.
Être ouvert à des formes de culture non évidentes n’est pas un marqueur social.
C’est, pour nous, une preuve d’intelligence sensible.
Une intelligence qui ne se contente pas de ce qui conforte.
Une intelligence qui accepte de ne pas tout comprendre immédiatement.
Une intelligence qui fait le pari de la rencontre.
À vous, nous voulons dire ceci :
vous n’êtes pas des publics captifs, ni des chiffres utiles à des dossiers.
Vous êtes des partenaires de pensée, des allié·es, des compagnons de route.
Dans un moment où l’on voudrait nous isoler, nous faire croire que chacun doit se débrouiller seul, que bifurquer serait un luxe réservé à quelques-uns, nous affirmons le contraire : c’est le collectif qui permet de tenir.
C’est l’ancrage local, la culture partagée, l’éducation permanente qui rendent encore possibles d’autres chemins.
Nous continuerons donc. À nommer ce qui se joue, à relier les expériences individuelles aux mécanismes politiques qui les produisent, à ouvrir des espaces où l’on peut penser, créer, désobéir parfois, espérer souvent.
Pas naïvement.
Pas héroïquement.
Mais obstinément.
Car refuser l’aseptisation du monde, refuser la résignation, refuser que la peur devienne la norme, ce n’est pas un luxe.
C’est une nécessité vitale.
Et tant qu’il y aura des lieux pour cela, des équipes pour y croire, des personnes pour venir, alors oui, d’autres futurs restent possibles.
Florence Cartelet-Avon
Pour le Centre Culturel de Mouscron